Toute ma vie on m'a répété « T'es belle Louise. » Cela fait 16 ans que mes grands yeux bleus et mes longs cheveux blonds fascinent. Depuis mon entrée au lycée, mon prénom a disparu pour les autres qui ne me connaissent uniquement sous le surnom de « Barbie ». Et croyez-moi, je m'en passerai bien. Les filles me détestent. Jalouses, elles me lancent des regards noirs dès qu'elles me croisent ou au mieux, m'ignorent superbement. Quant aux garçons, je les attire tous, comme un aimant. Je ne compte plus le nombre de « T'es bonne. » que l'ont m'a crié quand je rentrais chez moi. Ni les « Tu voudrais pas qu'on se fasse un ciné ? » qu'on m'a balancé, le regard rivé sur mon décolleté. On a beau penser que je suis la fille la plus chanceuse du pays, seuls ceux qui me connaissent vraiment savent que ce n'est pas le cas. Ma mère est morte quand j'avais trois ans dans un accident de voiture. C'est une mort banale comme il en apparaît souvent dans les séries américaines, mais lorsque c'est la femme que l'on appelle « maman » qui disparaît, même un vulgaire accident de voiture n'est pas banal. Mon père, Philipe, a souvent voulu compenser cette absence en me racontant des histoires, puis en m'assurant plus tard que je pouvais tout lui dire et qu'il m'écouterait si j'avais des problèmes de c½ur. Mais des problèmes de c½ur, je n'en ai jamais eu. Je suis la fille qui fait souffrir les garçons et non que les garçons font souffrir. Et même si ç'avait été le cas, je ne lui aurais jamais dit. J'aurai préféré en parler à mon grand frère, Nathan, qui a toujours été mon unique réconfort quand ma solitude quotidienne me pesait beaucoup trop. Il a un an et demi de plus que moi, mais c'est comme si l'on était des jumeaux car personne ne me comprend mieux que lui. Pourtant, il n'a jamais vécu ce que j'ai vécu, en dehors bien sûr de la perte de maman qui nous uni comme jamais. Il est totalement différent de moi : sociable et souriant, il ne sait pas ce que c'est que de se retrouver en plein milieu d'une cours de récréation où des groupes se forment en parlant et en rigolant, pendant que l'on a pour seul confident du moment un casier. Mais autant il est mon contraire moralement parlant, autant on peut voir que l'on est frère et s½ur uniquement en nous regardant. Il est mon clone en version masculine et je suis la première à lui rappeler dès qu'il l'oublie qu'il est beau à en crever. Bien sûr, je n'ai pas toujours été seule. Depuis mon entrée en maternelle, Naïm est mon unique et meilleur ami. Mais il y a deux ans, il est reparti en Tunisie, le pays où il a vécu à peine 6 mois de sa vie. Mais M. Sarkozy a tenu à nous séparer. Et c'est là réellement que mon grand désespoir a commencé. Depuis, je n'ai plus de nouvelles de lui. Je ne sais pas s'il pense encore à moi comme moi je pense à lui mais je sais qu'il ne m'a pas oublié. Et les récréations que l'on passait habituellement ensemble au collège, sont devenues un enfer au lycée. J'essaye de rester avec des garçons de ma classe en tentant de faire abstraction de leurs remarques salaces... Si seulement j'avais une amie. Une fille qui comprenne mes problèmes de règles et d'épilation et qui soit là quoiqu'il arrive...